Orellana et la découverte de l’Amazone

Le conquistador Francisco de Orellana assoiffé par la recherche de trésors pouvant enrichir la couronne d’Espagne, décida de mener une aventure périlleuse, longue de près de huit ans au milieu du XVIe siècle.Pourquoi se lancer dans une telle expédition avec si peu de moyens ? Qu’est-ce qui poussa Orellana à aller toujours plus loin ? Comment se déroula son expédition et qu’en retira-t-il ?Que se passa-t-il par la suite ? Et aujourd’hui que reste-t-il de cette zone conquise il y a près de cinq cent ans par les Espagnols ?Vous découvrirez ici les grands traits de l’histoire, la géographie de cet espace à la nature exceptionnelle et les ressources qui s’y trouvent.

Orellana et sa soif de conquête

Francisco de Orellana, originaire d’Extrémadure, arrive en Équateur via le Nicaragua afin de participer à la conquête du Pérou dès 1535. En 1537, il participe à la refonte de Santiago de Guayaquil, détruite par les peuples autochtones. En 1538, il en devient gouverneur. Il participe par la suite à la pacification et à la création de Puerto Viejo. Il perd un œil alors d’une bataille. Puis, en 1541, il décide de partir avec Gonzalo Pizarro, à la découverte, par l’intérieur du continent, du Pays de la cannelle. L’épice valait à l’époque plus cher que l’or. Accompagnés de plusieurs milliers d’hommes ils rêvent aussi de trouver l’Eldorado.Gonzalo Pizarro et Francisco de Orellana unissent leurs forces et partent de Quito vers l’Est. La route des conquistadores se trouve à flanc de montagne, aujourd’hui occupée par le quartier de Guápulo. Ils traversent les Andes non sans difficultés.En juin 1541, ils arrivent sur les rives de la rivière Coca où ils rencontrent les indiens Omagua. Ayant perdu de nombreux hommes, sans avoir trouvé la moindre trace de l’épice et surtout sans provisions. Pizarro se décide alors de faire construire un brigantin, bateau qu’il appellera le San Pedro pour remonter les hommes malades ou blessés.Le 22 février 1542, Pizarro demande à Francisco de Orellana de continuer l’expédition à la recherche de vivres. Il navigue durant neuf jours. Ne pouvant remonter la rivière, il fait envoyer trois hommes à la recherche de Pizarro qui finalement était reparti vers Quito avec les survivants de son expédition. Orellana fait alors construire un nouveau bateau, le Victoria, et poursuit sa navigation.

Une expédition longue

Le 26 août 1542, après deux cent quarante jours de navigation et 4800 kilomètres de descente, ils s’arrêtent à l’embouchure du fleuve, sur l’île de Marajo pour réparer son bateau. Le 11 septembre 1542, ils arrivent à Nueva Cadiz de Cubagua, dans l’actuel Venezuela, après avoir longé les côtes.Début 1543, Francisco de Orellana repart en Espagne, par Saint-Domingue, ruiné. Il fait une halte au Portugal où le roi lui propose de monter une expédition portugaise. Le traité de Tordecillas de 1494 séparant les terres entre Espagnols et Portugais rendit impossible cette entreprise.À peine arrivé en Espagne, il rejoint Valladolid où se trouvait la cour du roi et le Conseil des Indes. Poursuivi pour trahison, Orellana convainc les juges qu’il ne pouvait faire autrement que de suivre la rivière. Absout, Charles Quint le nomme, en février 1544, président, gouverneur et capitaine de tous les territoires découverts dans la vallée de la cannelle, renommé alors Nouvelle Andalousie.L’année suivante, il repart explorer les territoires de l’Amazonie, accompagné de sa femme Ana de Ayala. Deux des trois navires qui l’accompagnent sombrent en mer. À son arrivée, peu avant Noël 1545, il décide de faire construire un nouveau bateau pour remonter le fleuve. Au milieu de l’année de 1546, après une expédition où périrent nombre de ses hommes, il prend possession de ces terres. Peu de temps après, le campement déserté par un grand nombre de ses hommes affamés est attaqué par des indiens Caraïbes. Il fut blessé ainsi que dix-sept de ses hommes. Atteint par une flèche empoisonnée, il meurt dans les bras de sa femme. Personne ne sait où il est réellement mort.

Les diverses origines du nom Amazone

Gaspar de Carvajal, moine et chroniqueur de l’expédition, rapporte qu’ils furent attaqués en juin 1542 par des guerrières lors de la descente du fleuve. Il est possible que cela soit des hommes avec des cheveux longs ou bien des femmes de la tribu Tapuyas qui s’unissaient aux hommes lors des combats. Sans nul doute, l’imaginaire européen associait alors ces guerrières à celles bien connues de la mythologie grecque. Le nom qu’il donne au fleuve Amazone contribue à la légende de l’Eldorado.Des linguistiques ont émis l’hypothèse qu’Amazone venait du terme amassona qui signifie « destructeur de bateau » en langue tupi, en référence, aux mascarets, vagues destructrices présentes, notamment à l’embouchure du fleuve.Pour les Équatoriens, Orellana est le nom donné à la région d’Amazonie qui se trouve à l’est des Andes, au début du périple qu’entrepris le conquistador. On y trouve notamment la réserve de Yasuni.

La biosphère du Yasuní : or vert contre or noir

La réserve Yasuní est créée en 1979 et s’étend au nord-est de l’Équateur. Elle fait partie des zones avec la plus grande biodiversité au monde. Dix ans plus tard, elle est nommée « réserve biosphère » lui conférant ainsi un statut plus protecteur. On y trouve des aigles harpies, des dauphins roses, des perroquets aras et de nombreuses espèces de singes. De nombreuses espèces d’amphibiens, de champignons et de lichens sont aussi présents dans cette immense zone forestière.Elle abrite en son sein, les Waoranis peuple nomade, chasseur-cueilleur, contacté il y a près de 70 ans par des missionnaires américains. En 1968 une réserve ethnique a été créée dans le but de protéger les Waoranis.En 1990, ils ont reçu un titre de propriété leur a été conféré.La déforestation, la culture d’huile de palme et de naranjillas et l’exploitation pétrolière se développent à grands pas, menaçant la survie de ces peuples autochtones.En 2007, le président Correa a en effet, soutenu la fin de l’exploitation pétrolière de la zone avant de se rétracter en 2013.Des projets d’écotourisme se sont, en parallèle, développés dans le but de faire connaître les cultures des peuples habitant la région et de sensibiliser à la protection de la nature.Une station scientifique, dirigée par l’université catholique (PUCE) est présente dans le parc et a pour mission d’observer l’écosystème de la forêt.

L’Amazonie est-elle alors véritable pays de la cannelle ?

Le dernier empereur inca Atahualpa raconte au conquistador espagnol Orellana l’existence de cette plante odoriférante.Orellana obnubilé par la possible découverte, part alors à la recherche de la cannelle d’Amérique, épice fort prisée et bien plus onéreuse que l’or à l’époque.En réalité, la cannelle présente sur le continent américain n’est pas extraite de la branche de l’arbre mais de sa fleur en forme de calice. Elle est une lointaine cousine de la cannelle. Son goût diffère notamment de la cannelle asiatique.Son nom scientifique est Ocotea quixos. Les scientifiques lui donnèrent le nom de Quixos en hommage au peuple autochtone Quijos qui peuplait la région à l’époque de la Conquête. Au XVIe siècle, les Espagnols les ont décimés et laissés leurs terrains agricoles en friche. La nature reprit, au cours de siècle, ses droits, ne laissant aucune trace visible de cette nation ni de l’expédition féroce des Espagnols contre ce peuple autochtone.Des botanistes au XIXème siècle, pensent d’ailleurs arriver dans une forêt de nuage vierge près de Quijos alors que ce n’est pas le cas. En 2018, des chercheurs ont étudié le sol de cette partie de la forêt et ont en effet découvert des traces d’activité humaine : échanges commerciaux entre la plaine amazonienne et les Andes et culture du maïs. Ils ont bien évidemment retrouvé des traces d’utilisation ce type de cannelle.Les kichwas nomment cette cannelle d’Amérique ishpingo se référant la fleur de la plante. On lui donna par la suite le terme de flor de canela ou fleur de cannelle en espagnol. Elle est aujourd’hui encore vendue sur les marchés typiques du pays à un prix dérisoire et accompagne divinement bien certains mets équatoriens.Elle donne son goût unique à de nombreuses spécialités telles que la colada morada. Cette boisson à base de fruits, de couleur violacée, est traditionnellement dégustée à la Toussaint avec des guaguas, petits bonhommes de pain représentant les défunts à célébrer lors de cette fête. À savourer absolument !Enfin, cette plante est aussi utilisée pour ses propriétés médicinales et notamment ses effets anti-inflammatoires. Certaines communautés préparent de l’huile essentielle et en font commerce afin de trouver un moyen de subsistance.Orellana partit à la recherche de la cannelle sans pour autant l’avoir apportée avec lui. On ne sait pas, en effet, de sources sûres, si les Espagnols ont finalement ramené cette fleur avec eux. Le conquistador ouvrit ainsi la voie aux conquêtes territoriales puis à des missions plus scientifiques près de deux siècles plus tard. La Condamine descendra le fleuve découvrant plus bas, la quinine, le caoutchouc et le curare. Il remit d’ailleurs en question le mythe de l’Eldorado même si l’on peut considérer que certains sont encore aujourd’hui, attirés par la soif de l’or noir.