Sites archéologiques en Équateur : un patrimoine majeur méconnu

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Articles sur l'Équateur
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L’apport étranger de l’archéologie équatorienne

Les balbutiements de la discipline archéologique naissent en Europe, à la Renaissance et au siècle des Lumières mettant en avant, notamment, les trésors de la Grèce antique.Au XIXe, le collectionneur devient une figure clé dans l’intérêt pour le développement des sociétés anciennes d’Amérique latine.Ce n’est, ensuite, qu’au début du XXe siècle que l’on voit apparaître des chaires d’archéologie aux États-Unis puis partout en Amérique latine.Dans le cas de l’Équateur, les premiers à documenter précisément sur l’histoire plus ou moins lointaine sont les scientifiques qui constituent la première mission géodésique.Deux atouts en leur faveur : les vestiges encore debout à l’époque et la vivacité des traditions orales des locaux.La Condamine, lors de sa première mission géodésique, a en effet recueilli certaines histoires des peuples autochtones sur leurs coutumes locales.Il parle notamment des constructions en adobe, de la technique de récupération des glaces du Pichincha, ressemblant au « hielero » actuel du Chimborazo. Il oppose toutefois la pauvreté des outillages aux prouesses des Incas.Juan et Ulloa, militaires espagnols accompagnant la mission, décrivent la technique de la pêche à la perle dans la région de Manta, l’extraction d’émeraude ou les règles d’élevage des vigognes notamment pour l’élaboration de textile ainsi que la création de colorants naturels et la construction de pont en roseaux et en liane. Ils mettent ainsi en valeur les talents des peuples à l’époque.La Condamine a aussi cartographié un certain nombre de sites pré-incaiques avec une minutie particulière et associé histoire et évolution linguistique, apportant des hypothèses scientifiques d’une grande richesse.Ses illustrations d’Ingapirca ont ainsi fortement marqué les archéologues du XXe siècle ayant travaillé sur ce site.Il aussi fait des observations sur le Capac ñan ou chemin des Incas ; sur le site El callo à Latacunga et sur des monuments se trouvant dans la région d’Esmeraldas.Il a cherché aussi les ruines Caranqui, actuel Rumicucho et Tomepamba.Et lorsqu’il était amené à analyser des sites plus abîmés, il n’a jamais tenté d’en dire plus, prouvant ainsi sa démarche scientifique rigoureuse.Toutefois, il a dû détruire un des vestiges militaires du complexe de Pambamarca afin de faire ses mesures.En 1802, le scientifique allemand Alexander Von Humboldt voyage en Équateur et s’émerveille devant les vestiges du site d’Ingapirca.Au début du XXe siècle, l’Allemand Max Uhle dont l’approche diffusionniste tente d’expliquer développement des populations préhispaniques, donne une chronologie aux diverses civilisations préhispaniques connues et parfait la topographie de sites archéologiques.En parallèle, Paul Rivet, médecin de la deuxième mission géodésique, rapporte des observations ethnographiques qui sont encore des références aujourd’hui, dans son ouvrage Ethnographie ancienne de l’Équateur, publiée en 1912 avec René Verneau. Il a rapporté de nombreux objets qui peuvent être encore observés au Musée du Quai Branly.Dans les années 1970, Jean Guffroy poursuit ses recherches sur la période formative à Loja et découvre avec Francisco Valdez une nouvelle culture en Amazonie, ouvrant le débat sur la possible origine amazonienne des peuples andins.Dans les années 1980, Jean-François Bouchard, étudie la culture Tumaco-Tolita à Esmeraldas et oriente ensuite ses recherches dans la région de Manabí.En 1995, Stéphen Rostain, travaille quant à lui dans la vallée de l’Upano en Amazonie et dans la région de Pastaza.Notons que des chercheurs d’autres pays ont aussi effectué des missions durant le XXe siècle. Notamment, les ethnologues américains Georges Dorsey et Marshall Saville ont travaillé, l’un sur l’île de la Plata et l’autre, sur la côte Pacifique. Leurs excavations ont aussi apporté de nombreuses informations sur le développement des peuples de la région.

Les figures de l’archéologie équatorienne

En Équateur, durant la période coloniale, les membres de l’Église possédaient le pouvoir et le savoir.Le jésuite Juan de Velasco écrivit ainsi au XVIIIe siècle un ouvrage sur l’histoire de l’Équateur. Dans son Historia del reino de Quito en la América Meridional, il fait une description quasi encyclopédique de la géographie, la géologie et du règne animal et végétal de la région. Il narre la découverte par des autochtones d’os de géants, entre autres choses. On peut ainsi considérer que Juan de Velasco est l’un des premiers chroniqueurs équatoriens d’un passé lointain dans la région. Toutefois, son ouvrage de navigue entre vérités scientifiques et fiction servant ainsi les administrateurs de la région et, de fait, la Couronne espagnole.À la fin du XIXe siècle, l’archevêque de Quito Gonzalez Suarez s’intéresse aux vestiges du passé de l’Équateur. En 1906, il fonde la société d’archéologie équatorienne. Jacinto Jijon y Caamaño, disciple de Gonzalez Suarez, continue les recherches et adopte une approche pluridisciplinaire.En 1956, la découverte de la culture Valdivia par l’Equatorien Emilio Estrada avec les Américains Betty Meggers et Clifford Evans, ouvre une nouvelle porte à la discipline dans le pays.En 1970, Carlos Zeballos Menéndez, du groupe des archéologues de Guayaquil détermine que le peuple Valdivia avait une organisation basée sur l’économie agricole et non pas nomade.

Des sites archéologiques d’importance

Le Malqui machay : ancienne tombe d’Atahualpa ?

L’archéologue Tamara Estupiñán Viteri fit part de sa découverte dans les années 2000 dans le parc des LLanganates d’un site de célébration au Soleil. Une place cérémonielle, un mur (pirca) et un espace d’oraison avec une momie et des ornements ont été exhumés.Selon les chroniques anciennes et les différentes preuves archéologiques dont dispose la scientifique, elle émit l’hypothèse que cela pourrait être la tombe du dernier empereur inca Atahualpa. Le site n’est pour l’instant pas accessible au public.

Le Capac Ñan

Le chemin de l’Inca fut construit, à partir d’anciens chemins pré-incaïques, par les Incas afin d’asseoir leur pouvoir sur l’ensemble du territoire qui s’étendait au sud du Pérou actuel jusqu’au nord de l’actuel Quito.Les chasquis, messagers de l’empereur, parcourraient des kilomètres pour diffuser des informations. Les muletiers passaient aussi les marchandises par ces chemins à flanc de montagnes, bien souvent très escarpés.Aujourd’hui, il est possible d’en parcourir un tronçon nord-sud, entre Achullapas au sud de la ville de Riobamba jusqu’au nord d’Ingapirca. La traversée est d’environ trois jours.La diversité des paysages avec ces différents paliers climatiques et les villages que l’on passe sont le reflet d’une tradition andine bien ancrée. Les légendes de la Mama Huaca, esprit de la montagne, y persistent.La lagune de Culebries, joyau perché au cœur de ce tronçon, fut un lieu rituel du peuple Cañari, présent bien avant les Incas.À l’arrivée des Incas, ce peuple a défendu corps et âme son territoire, mais l’écrasant impérialisme a fini par imposé le quichwa dans toute la région.

Ingapirca : un site Inca préservé

Vestige précolombien le mieux conservé d’Équateur, le complexe se trouve au nord de la ville de Cuenca.Sa situation géographique laisse présager qu’il s’agissait d’une forteresse afin d’observer les mouvements dans la vallée en contrebas.En parallèle, les fouilles menées dans les années 1970 par l’équipe d’archéologues dirigée par l’espagnol José Alcina Franch montre qu’il s’agit d’un site d’habitation et rituel.D’ailleurs, la cartographie et la topographie du site illustrées par La Condamine et Humboldt plus de 250 ans avant, ont aidé l’équipe dans leur investigation.Les Cañaris, peuple présent avant l’arrivée des Incas, vénéraient la lune. Les Incas en imposant leur cosmovision en ont fait un site dédié au Soleil. Les deux architectures se rencontrent dans cet espace qui accueille dorénavant lamas et touristes curieux.PHOTO

Tomebamba

Tomebamba est l’ancien site cañari de Guapondelig se situant sous l’actuelle ville de Cuenca.Ce site avait été choisi par les Incas pour être la ville représentant le nord de l’empire, et de seconder Cuzco. Le palace de Pumapungo (porte du puma) y fut construit avec un couvent des Vierges du Soleil offertes en offrande et un temple dédié au Soleil.En 1529, Atahualpa détruit la ville auparavant embellie par son demi-frère Huascar. Ils étaient en guerre depuis des années pour savoir qui allait régner sur l’Empire.Les Espagnols créèrent par la suite, la ville de Cuenca, un peu au-dessus de la ville inca.PHOTO

Pambamarca

Le site de Pambamarca montre les restes d’une forteresse inca ou pucara à Cangahua situé à la frontière entre les peuples Caranqui et les Quitus cara de la région de Quito.La présence de l’usnu prouve qu’il s’agissait aussi d’une plateforme cérémonielle.Louis Godin en fait état dès 1737 lorsqu’il cherchait des points de repère pour les mesures de la mission géodésique. Les locaux ont ensuite nommé le point de mesure Frances Urcu : montagne française ! Aujourd’hui, le site concomitant de Quitoloma conserve les restes d’une des forteresses du site. Il est fort probable que l’ensemble de ces édifications furent intégrées au Capac Ñan.La légende raconte que les montagnes de Pambamarca –initialement lieu d’édification de forteresses par le peuple Cayambe présent dans la région avant les Incas – furent témoin d’une bataille marquant la fin de la guerre qui opposa les Cayambe et les Incas, dirigés par Huayna Capac, pendant près de dix-sept ans. Les Incas amenèrent les vaincus et leur tranchèrent la gorge dans une lagune qui prit le nom de Yahuarcocha, lagune de sang.Rumicucho se trouve à une heure au nord de Quito, dans la vallée de Pomasqui. Il s’agit d’une forteresse inca ou pucara. La construction est attribuée au Quitus-cara autour de 800 après J.C. La fonction de Rumicucho était avant tout militaire, la vue dominant les vallées et montagnes alentour. Il s’agissait pour les Incas d’observer les mouvements de peuples Caranqui au nord et Yumbos à l’ouest. Se trouvant sur la ligne équatoriale, le site était aussi un lieu de culte au Soleil et d’observation des étoiles situées au « centre du monde ». Les études archéologiques montrent des restes d’artisanat. Les chemins et sa construction en terrasses échelonnées prouvent qu’ils cultivaient aussi des aliments propices à l’élévation spirituelle du peuple.À quelques kilomètres de là, le mont Catequilla est aussi témoin d’un passé rituel fort et véritable « centre du monde ».

Cochasquí, tombes des chemins du Soleil

Cochasquí se trouve non loin de Cayambe, exactement sur la ligne l’équateur.Cet espace vert, boursoufflé laisse penser à une belle prairie. Or, le lieu est constitué de quinze pyramides tronquées, édifiées par les peuples pré-incaïques, aujourd’hui recouvertes de verdures.Les archéologues pensent que les Caras ou Caranquis seraient à l’origine de ces édifications, construites autour de 950 après J.C.Bâtis à partir de cangahua, pierre volcanique, et de la terre environnante, elles étaient avant tout des lieux de vie des élites politiques et militaires, mais aussi un site cérémoniel et d’observations astronomiques.De nombreux squelettes ont aussi été retrouvés prouvant que les tolas étaient utilisées comme tombe.Le site se trouve sur l’alignement de l’Inti Ñan, chemin emprunté par le Soleil au moment des équinoxes.L’histoire raconte que Quilago, la reine de Cochasqui a été mariée de force à Huayna Capac et que serait né de cette union le dernier empereur Inca : Atahualpa. Quilago aurait tenté de tuer Huayna Capac mais dénoncé par ses servants elle fut exécutée. Peu de temps après eu lieu le massacre de la population masculine caranqui sur le lac depuis lors dénommé Yahuarcocha.Le site de Rumipamba, dorénavant parc de Quito, fut découvert par hasard en 1996. Les archéologues ont révélé la présence de structures et maisons typiques du peuple vivant sur les flancs du Pichincha. Les céramiques et outils en pierre témoignent d’une vie quotidienne sédentaire. Ils ont aussi mis en présence des sentiers vers des lieux rituels sans doute liés à la vénération du volcan. Enfin, les squelettes retrouvés dans des tombes montrent la présence ancienne de cette population.

Tulipe : lieu de purification des Yumbos

Tulipe signifie « eau sous les tolas » est un sanctuaire de la nation Yumbos.Ce peuple présent entre 800 et 1463 de notre ère faisait l’interface entre les Andes et la côte Pacifique. Ils étaient avant tout marchands et pratiquaient le troc.Le site se trouvant sur la ligne équatoriale, il jouit d’un climat propice à l’agriculture dont vivaient les Yumbos.Ils dessinèrent, dans une végétation dense, les culuncos, sentier ensuite utilisés par les Incas pour rejoindre la côte. Aujourd’hui encore, les habitants les utilisent.Le site entouré de tolas, ancien lieu d’habitation des Yumbos, est avant tout cérémoniel puisque les archéologues ont retrouvé près de sept piscines, lieu de cérémonie de purification.PHOTO

Chirije : lieu d’échange du Spondylus

Au début du XXe siècle l’archéologue Marshall Saville et plus tard, dans les années 1950, l’Equatorien Emilio Estrada, découvrent les vestiges d’un peuple présent sur la côte Pacifique de l’actuel Équateur : les Chirije, appartenant à la culture Bahia (500 avant JC et 500 après J.C).Leurs principales activités étaient l’échange du coquillage Spondylus avec les populations de la montagne, la pêche et l’agriculture.Le site peu connu notamment des huaqueros ou pilleurs ne montrent pas d’objet de valeur à proprement parlé mais de nombreuses céramiques. On y dénombre des tolas ou monticules, typiques de toute la région qui démontrent la présence de site cérémoniel.

Mayo Chinhipe : une culture fondatrice ?

Le site de Santa Ana Florida se trouve dans un territoire limitrophe de la frontière entre le Pérou et l’Équateur et implantée dans le bassin du fleuve Marañon.La découverte de ce complexe, dans les années 2000, a mis en évidence une culture jusqu’alors méconnue, datant de la période du Formatif ancien c’est-à-dire 5000 ans avant J.C, émettant ainsi l’hypothèse que les populations andines viendraient d’Amazonie. Des restes de fèves de cacao ont d’ailleurs été retrouvés dans l’intérieur de certaines céramiques laissant ainsi penser que le cacao ne viendrait pas du Mexique mais d’Amazonie.

Les musées des cultures pré-hispaniques

Le musée de l’Alabado est situé dans le centre colonial de Quito est sans nul doute le plus beau musée sur les cultures préhispaniques d’Équateur. La maison du XVIe siècle accueille les différentes salles organisées par thématiques communes des civilisations présentes notamment avant l’arrivée des Incas. De quoi découvrir les plus belles pièces de cultures d’une richesse extraordinaire.Le musée national de la Banque de l’Équateur prit forme au milieu du XXème siècle lorsque le Dr Julio Arauz commença à collectionner de nombreuses pièces anciennes. La banque reçut ensuite la collection de Max Konanz, collectionneur privé. Son soleil en or, découvert en 1940 dans la région de Sigsig devint d’ailleurs le logo du musée. Ensuite, Perez Chiriboga eut l’idée d’ouvrir un musée qui fut finalement mis en œuvre par Hernán Crespo Toral. Cet élan patrimonial permis la récupération et la mise en valeur de sites tels que Ingapirca, Tulipe, Rumicucho, Tomebamba, Sicalpa, San Diego, Las Conceptas et La Asunción de Guano.Le musée Pumapungo et son parc archéologique à Cuenca, présente les différentes ethnies d’Équateur : leur histoire et coutume. À l’extérieur, le complexe de Pumapungo (porte du Puma) met en valeur les ruines de Cañaris exhumées par Max Uhle dans les années 1920.L’Équateur recèle de nombreux musées à la qualité variable, mais qui ont toujours à cœur de présenter une partie de l’histoire et les cultures anciennes présentes sur le territoire et qui, aujourd’hui renaissent dans le discours national de certains Équatoriens.L’archéologie fut dominée pendant des siècles par les Espagnols ou les étrangers, dans le but d’asseoir une domination scientifique eurocentrée. Depuis près d’un siècle, la mise en valeur de l’histoire et du patrimoine est en développement grâce aux travaux de nombreux archéologues nationaux. Les pillages ou l’indifférence de la population locale lors de travaux publics ou privés ont parfois entaché la mise en valeur d’un patrimoine historique et culturel hors du commun sur un territoire de cette taille. L’archéologie équatorienne est prometteuse et les collections privées et les musées ont su préserver une partie de ce patrimoine à la longue histoire et à la diversité exceptionnelle.